Le sacre des « slashers » : et si la polyvalence devenait un nouveau levier de valorisation salariale ?

En entretien, nous passons beaucoup de temps à demander aux candidats ce qu’ils ont fait de 9 heures à 18 heures. Le poste occupé. Les missions réalisées. Les années d’expérience. Les compétences acquises dans le cadre prévu pour elles.

Puis la journée professionnelle s’arrête sur le papier.

Personne ne demande vraiment ce qui se passe après 18 heures. Pourtant, c’est parfois là qu’un collaborateur gère une association, développe une activité indépendante, anime une communauté, organise des événements, se forme ou transforme une passion en véritable expertise.

Une fiche de poste décrit une fonction. Derrière chaque talent, il y a tout un écosystème d’expériences, de compétences et de savoir-faire.

On les appelle les « slashers » : salarié / entrepreneur, comptable / photographe, technicien / formateur, responsable commercial / bénévole associatif…

Et si ce qu’ils construisent après 18 heures devenait l’un de leurs meilleurs atouts au sein de l’entreprise ?

Slashers : quand la pluriactivité révèle de nouvelles compétences

Pendant longtemps, le parcours professionnel idéal suivait une trajectoire facile à raconter : un métier, une spécialité, une progression régulière et une implication totale dans une seule entreprise.

La polyvalence pouvait même susciter une certaine méfiance. À trop savoir faire, on risquait de donner l’impression de ne pas avoir choisi. À multiplier les expériences, on devenait difficile à faire entrer dans une case.

Cette lecture correspond de moins en moins à la réalité du travail.

Selon l’étude internationale People at Work 2025 d’ADP Research, menée auprès de près de 38 000 actifs dans 34 pays, 23 % des personnes interrogées déclarent cumuler au moins deux emplois.

La pluriactivité peut répondre à une nécessité financière. Elle traduit aussi une volonté d’apprendre et de diversifier son expérience : parmi les personnes concernées, 40 % des moins de 40 ans et 27 % des 40 ans et plus citent notamment l’acquisition d’une expérience professionnelle supplémentaire. Derrière ces chiffres se dessine une évolution plus profonde : une partie des actifs ne souhaite plus confier toute son identité professionnelle à une seule fonction.

La face cachée du CV

Gérer une association, c’est apprendre à fédérer des bénévoles, défendre un projet, négocier un budget et faire avancer un collectif sans s’appuyer sur un lien hiérarchique.

Développer une activité en parallèle, c’est chercher ses clients, organiser son temps, communiquer, décider avec des moyens limités et trouver rapidement des solutions lorsque rien ne se déroule comme prévu.

Occuper un second emploi, c’est aussi changer de rythme, de méthodes et parfois d’univers professionnel. Une expérience qui développe la rigueur, l’adaptation et la capacité à passer rapidement d’une réalité à une autre.

Sur le papier, ces compétences restent souvent discrètes. Dans la vie professionnelle, elles peuvent faire toute la différence.

C’est là que le paradoxe devient intéressant :

Les entreprises recherchent l’autonomie, l’agilité, la créativité et la débrouillardise. Pourtant, ces qualités se cachent parfois dans les parcours les moins linéaires, précisément là où les méthodes de recrutement habituelles pensent rarement à les chercher.

Une compétence technique se vérifie. L’intelligence de situation se révèle.

Elle apparaît dans la manière dont une personne raconte ce qu’elle a construit, le problème qu’elle a su résoudre, le collectif qu’elle a entraîné ou la décision qu’elle a prise au bon moment.

Autrement dit, dans tout ce qu’un intitulé de poste ne raconte pas à lui seul.

Polyvalence au travail : Peut-on vraiment exiger un profil 5-en-1 sans ajuster l’addition ?

Reconnaître la richesse d’un profil ne signifie pas attendre de lui qu’il remplisse discrètement trois fonctions pour le prix d’une.

Maîtriser son métier et remplir les missions prévues dans son poste reste le point de départ. Un coup de main ponctuel fait partie de la vie d’une équipe.

La situation est différente lorsque l’entreprise s’appuie régulièrement sur une personne pour coordonner plusieurs équipes, résoudre des problèmes complexes ou prendre en charge des sujets qui dépassent sa fonction initiale. Son rôle s’est élargi dans les faits, même si sa fiche de poste et sa rémunération n’ont pas encore suivi.

Un projet bloque entre deux équipes : elle sait faire le lien. Une idée doit être défendue devant un client : son expérience associative l’aide à convaincre. Un imprévu survient : elle mobilise une méthode acquise dans son activité parallèle.

La polyvalence, c’est aussi cela : transformer des compétences acquises ailleurs en solutions utiles ici. Le collaborateur « couteau suisse » comprend plusieurs métiers, facilite les échanges, repère les angles morts et trouve plus rapidement des solutions là où les responsabilités se croisent.

La vraie question RH commence alors : comment valoriser cette contribution ?

La reconnaissance peut prendre plusieurs formes : une évolution de fonction, une prime, une revalorisation salariale, du temps officiellement consacré à certains projets ou une trajectoire professionnelle repensée. Lorsque la polyvalence devient durable, utile et attendue, elle doit entrer clairement dans la discussion sur la rémunération.

Comment recruter et valoriser des profils polyvalents ?

Accueillir les slashers demande également de faire évoluer certaines habitudes managériales.

Une activité extérieure peut nourrir la créativité et développer de nouveaux réflexes. Le collaborateur apporte alors dans son quotidien professionnel des idées, des méthodes et un regard façonnés par d’autres expériences. 

Cette ouverture fonctionne lorsque les règles sont claires : respecter le temps de travail, prévenir les conflits d’intérêts, protéger les informations de l’entreprise et préserver un rythme soutenable. Ce cadre permet d’accueillir la pluriactivité avec confiance et d’en tirer le meilleur pour le collaborateur comme pour l’entreprise. 

L’entretien devient alors l’occasion d’explorer toutes les facettes du parcours :

Qu’avez-vous appris en dehors de vos expériences professionnelles les plus évidentes ?

Quel projet vous a obligé à développer une compétence que personne n’attendait de vous ?

Quelles compétences développez-vous dans vos activités en dehors du travail ? 

Ces questions racontent beaucoup plus qu’une succession de postes. Elles permettent de rencontrer une personne dans sa globalité.

Vers un recrutement ouvert aux parcours pluriels

Les slashers prennent aujourd’hui leur place aux côtés des spécialistes. Les uns créent des passerelles entre plusieurs univers, les autres approfondissent leur expertise avec patience et exigence. L’entreprise a besoin des deux. 

On peut être expert dans son métier et savoir faire bien plus. Ces compétences complémentaires permettent de mieux comprendre les enjeux, de faciliter les échanges et de résoudre des problèmes qui dépassent le cadre habituel du poste.

Chez Workeez, un recrutement réussi commence lorsque l’on regarde au-delà de l’intitulé, du diplôme et du parcours attendu. Les talents ne sont pas des fiches de poste ambulantes. Ils évoluent, expérimentent et apprennent aussi en dehors de leur métier. Ces expériences peuvent apporter à l’entreprise des compétences qu’elle n’aurait pas pensé à chercher. 

L’entreprise de demain saura faire une place à l’expertise comme à la polyvalence. Elle regardera les compétences réellement mobilisées, y compris celles qui ne figurent pas sur la fiche de poste, et les prendra en compte dans les missions, les responsabilités et la rémunération.

Faire gagner du temps, débloquer un projet, améliorer les résultats : cette polyvalence a un impact concret. La reconnaissance et la rémunération doivent suivre.

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